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Editorial N°23

Catégorie : N°23
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Emilienne N. SOUE

La nouvelle donne continentale

Avec leur première conférence d’ampleur qui s’est tenue à Yaoundé les 24 et 25 juin 2013, les chefs d’Etat de la CEEAC, la CEDEAO et la CGG ont démontré qu’ils peuvent anticiper sur les problèmes du continent. Ainsi se confirme le changement radical et durable de ces dirigeants  qui ne veulent plus jouer la carte de l’attentisme, dans un contexte de mondialisation marqué par le déséquilibre entre le Nord et le Sud. Le Sud, surtout africain pèche par sa lenteur à penser intégration réelle, qu’elle fût régionale ou sous- régionale. Et pourtant ! Des exemples de communautarisme font florès dans les autres continents. A l’instar du G8 ou de l’Union Européenne des désormais 28, avec la dernière entrée de la Croatie. Depuis la crise de l’euro, les 27 pays n’ont eu de cesse de se retrouver. L’objetif de ces rencontres de sommet,  empêcher la désintégration de l’Union. Car, la ruine d’un de leurs peut avoir des conséquences durables sur toute l’Europe. La leçon semble avoir été assimilée dans le continent  où des dirigeants velléitaires oscillent entre désir d’intégration et peur du recul de souverainetés de leur Etats.

Comme l’Occident, le continent souffre  sa crise. Des actes de piraterie, et d’autres trafics illégaux sévissent  au large du Golfe  Guinée, cette région du littoral que 8 pays ont en partage. Une menace réelle sur l’économie et le développement des pays de la région.

Chaque pays a jusqu’ici essayé de lutter contre ce fléau, mais, avec l’effet d’un cautère sur une jambe  de bois. Désormais, avec la prise de conscience collective du problème, les pirates  n’ont plus affaire aux Etats africains impuissants, désorganisés en butte aux  actes criminels perpétrés sur la côte africaine de  l’atlantique. Certes les succès camerounais avec le Bataillon d’Intervention Rapide, ce garde côte militaire, sont louables, mais restent marginaux.

La dernière conférence inter-régionale sur la sûreté et la sécurité maritimes dans le golfe de Guinée a aussi confirmé la position centrale du Cameroun comme état tampon dans le golfe de Guinée, et son président, son Excellence Paul Biya comme un leader incontesté dont la subtilité et la finesse diplomatiques portent aux nues le rayonnement du continent. D’ailleurs, l’idée d’une réflexion commune pour contrecarrer l’insécurité maritime dans le golfe de Guinée émane du Cameroun.

Une déclaration, un mémorandum entre le CEEAC, l’CEDEAO et le CGG et un code de conduite, sont des instruments issus de la conférence sur la sûreté et la sécurité maritimes dans le Golfe de Guinée. Il est vrai, les pays de la région bénéficient de l’accompagnement international. D’abord l’ONU qui a pris une des résolutions qui ont rendu la tenue de la conférence possible. Ensuite, les ressources énergétiques et minières qui font du golfe de Guinée l’Eldorado  tant convoité par les grandes puissances. Enfin, l’Afrique ne disposant d’aucune logistique de contrôle ni de navire de patrouilles, les occidentaux trouvent avantage à sécuriser et à éloigner la menace. Leurs économies énergivores en dépendent.

Il revient alors aux dirigeants africains de défendre les intérêts du continent. Autrement dit, l’histoire risque de se répéter, comme à l’époque du commerce triangulaire, où les chefs et rois africains observaient les richesses partir, laissant une multitude de leurs citoyens créver de famine.

Seule l’intégration régionale pourrait y aider. Un pas a été franchi pour l’intégration maritime.

Dès janvier 2014, la libre circulation  dans la zone CEMAC sera une réalité. La nouvelle donne qui se dessine permettra-t-elle d'échapper à l'« alternative catastrophique », dénoncée  par des panafricanistes: « entre la piraterie maritime insoluble ou la confiscation des ressources naturelles africaines par les Occidentaux » ? Le moment est venu pour les chefs d’Etat d’Afrique de prendre fait et cause pour la sauvegarde des richesses du continent.