JURIS-ZOOM

Atelier d’échange MINPROFF/Sénat:

Catégorie : Juris-Zoom
Écrit par Ledroit Affichages : 895

Promotion et protection de la femme : une préoccupation constante

L’essentiel de la session d’échanges avec Mme le ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, s’est articulé autour de la restitution des travaux de la 59ème  session de la commission de la condition de la Femme à l’intention des membres du Sénat.

« Cette fois-ci, je suis venue partager les résultats de la participation de notre pays à la 59ème session de la commission des Nations Unies sur la condition de la femme, tenue à New-York aux Etats-Unis du 09 au 20 mars 2015 », a annoncé le Professeur Abena Ondoa née Obama Marie Thérèse, ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, dès l’entame de son propos à l’intention des sénateurs. Il faut rappeler que la Session de la Commission de la Condition de la Femme qui est à sa 59ème édition est  un mécanisme de suivi de la mise en œuvre du programme d’action et de plate-forme d’action de Beijing qui désigne les 12 objectifs stratégiques arrêtés par la Communauté internationale en vue « d’atteindre l’égalité des sexes et accélérer le développement durable dans les domaines où les problèmes des femmes restent aigus notamment la pauvreté, la santé, l’éducation et la formation, les violences faites aux femmes, l’exercice du pouvoir et la prise de décision, les conflits armés, l’environnement, les mécanismes institutionnels de promotion et de protection des droits des femmes, les médias, la communication, les droits fondamentaux, l’économie et les droits de la petite fille ». Il s’agissait donc de la quatrième évaluation dans le cadre des revues quinquennales à l’échelle mondiale sur la base des résultats obtenus par les Etats parties. Il était également question d’examiner les perspectives d’une meilleure prise en compte des prévisions conventionnelles de Beijing dans le processus d’élaboration de l’agenda Post 2015, relativement aux Objectifs du Millénaire pour le Dévéloppement (OMD).

La Commission était ponctuée  de débats et tables rondes. Un constat unanime des représentants des gouvernements, à en croire le rapport de  Mme la MINPROFF : « les progrès quant à l’atteinte des 12 objectifs sont lents et inégaux et qu’ils restent à combler des lacunes de taille et des obstacles, d’ordre structurel notamment. Aucun pays, notent-ils, n’est parvenu à instaurer l’égalité totale entre les sexes et à autonomiser pleinement les femmes et les filles. Les inégalités demeurent grandes entre femmes et hommes et entre filles et garçons, et de nombreuses femmes subissent des formes multiples et convergentes de discrimination et connaissent la vulnérabilité et la marginalisation toute leur vie ».

QUELQUES AVANCÉES MAIS BEAUCOUP RESTE À FAIRE


Le Cameroun, comme les autres pays, a présenté son rapport, notamment ses avancées au plan institutionnel (mise en place des comités et des points focaux genre dans les administrations), législatif  (la loi N° 2012/001 du 19 avril 2012 portant code électoral de la République du Cameroun, modifiée par la loi N° 2012/017 du 21 décembre 2012, qui inscrit la prise en compte du genre au rang des obligations légales  en son article 246) et politique en matière de promotion économique des femmes (projets mis en œuvre en vue d’améliorer le pouvoir économique des femmes et lutter contre la pauvreté).
Certes, il y a des avancées, mais beaucoup reste à faire ou à parfaire. La commission a reconnu que bien que les Etats parties pensent des politiques pour le développement durable de la femme, d’importantes difficultés restent à aplanir telles que « les violences faites aux femmes, l’insuffisance des ressources, le faible pouvoir économique des femmes, les conflits armés  dont les femmes et les enfants sont victimes, l’insuffisance des statistiques désagrégées, une insuffisance de coordination des stratégies sectorielles ».
Constats après lesquels des recommandations correctives  ont été formulées en vue du développement durable des femmes tout en sensibilisant les hommes à s’impliquer dans toute politique en faveur de l’amélioration des conditions des femmes.
L’égalité de sexe et d’autonomisation de la femme faisant également partie de l’agenda de la Chambre Haute, il était donc normal que Madame le Sénateur Paulette Bisseck  participe à la 59ème Session de la Commission des Nations Unies sur la condition de la femme à New-York. D’où « l’intérêt du Sénat pour ces assises pour en savoir davantage, pour accompagner au mieux le processus ainsi engagé », comme l’a souligné le vice-président du Sénat dans son allocution.
Il était alors important d’inscrire cet atelier à l’ordre du jour des travaux de la session ordinaire de juin 2015.

ECHANGES SÉNATEURS /MINPROFF

La restitution de Mme la MINPROFF a donné lieu à de profondes réactions de la part des sénateurs. La première série de questions a concerné la déchéance du patronyme, la scolarisation, le mariage précoce, la déperdition solaire de la jeune fille,  l’amélioration du maintien de la jeune fille dans les collèges, la faiblesse des moyens dégagés pour la promotion de la femme, le code de la famille, l’éducation de la fille au sein de la famille, le conflit sémantique entre les termes égalité et parité sont entre autres, les préoccupations qui ont émaillé les échanges. Lesquelles cadrent avec les observations de la Commission de l’ONU.
En guise de réponses aux nombreuses questions des sénateurs, Mme Marie Thérèse Abena, n’a pas manqué de souligner la prise en compte des recommandations et suggestions du  doyen d’âge, Chief Mukete sur la promotion de l’éducation de la fille dans le noyau familial, en mettant un accent particulier sur le respect de la culture dans un premier lieu. Ensuite, elle s’est appesantie sur les efforts du gouvernement pour améliorer la condition de la femme et de la jeune fille et le rôle non négligeable des sénateurs dans la promotion de l’éducation de la femme.
La seconde série de questions a abordé les difficultés de la jeune fille du Grand-Nord. Pour Mme le Sénateur Pierrette Hayatou, la solution se trouve dans l’appui des ministères sectoriels de l’Education et de l’Enseignement et la Promotion de la Femme et de la Famille. Le problème de la non observance du mariage civil dans la culture musulmane a également été soulevée. En guise de solutions, Mme le ministre a estimé que seule la sensibilisation du Conseil des Imans peut faire bouger les lignes quant à la situation de la femme et de la jeune fille dans la partie septentrionale du pays.
Les questions sur la prostitution, le réseau de trafic  des femmes vers le Proche-Orient –un phénomène d’actualité – le veuvage, les mariages homosexuels au Cameroun, le port du voile entre autres  ont également fait l’objet d’attention de la part de Mme la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille. Certains sénateurs ont estimé que le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille met plus l’accent sur la femme que sur la famille. Le Sénateur Dakolé Daïssala a pour sa part estimé que le MINPROFF est un ministère des femmes rurales. Affirmation que n’a pas dédaigné le professeur Marie-Thérèse Abena Ondoa dans la mesure où atteindre cette cible est son cheval de bataille. Déjà, 92 centres de promotions de la Femme et de la Famille ont été créés. Mais il faut un personnel compétent et la collaboration avec les Organisations de la société civile pour des résultats probants, a –t-elle annoncé pour répondre à la question boutade du sénateur.
C’est fort de cet enrichissement mutuel que l’atelier d’échanges entre le ministre de la Promotion de la  Femme et de la Famille s’est achevé.

Nadine Eyikè