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protection de l’enfant au Cameroun : Validation du document de politique nationale

Catégorie : N°42
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Au menu de la session de la commission nationale pour la protection de l’enfance en danger moral, délinquante et abandonnée, la validation du document de politique nationale de protection de l’enfant au Cameroun a réuni au Cercle Municipal plusieurs parties prenantes, à l’instar des ministres des Affaires Sociales, de la Communication et beaucoup d’autres invités.

La protection de l’enfant est un sujet préoccupant au plus haut niveau. Dans le cadre de la solidarité nationale et dans le souci de doter le Cameroun d’un document unique d’orientation en matière de protection de l’enfant, le chef du gouvernement, en Août 2016, avait instruit au ministre des Affaires sociales, en collaboration avec les ministères de l’Education de Base, de la Promotion de la Femme et de la Famille, de la Santé Publique, d’élaborer un document de politique de développement de l’enfance et du plan d’action y relatif. Des concertations qui ont suivi, il a été convenu de mettre sur pied de manière transversale avec le ministère des Affaires Sociales, un groupe de travail interministériel voire sectoriel, du document unique prescrit par la haute hiérarchie. Le modérateur a souligné que c’est travers la décision n° 2016/002845/MINATD/ du 9 décembre 2016, le ministre des Affaires Sociales a mis sur pied un groupe de travail technique chargé de la finalisation du document de politique et le suivi-évaluation du plan d’action y relatif. Des réunions de concertations régionales ont été nécessaires. Dans la perspective de s’assurer que les objectifs d’orientation formulés prennent en compte les perceptions, les réalités socioculturelles, ainsi que les mécanismes formels et communautaires de protection de l’enfant au Cameroun.  Deux ateliers se sont tenus à Mbalmayo (Région du Centre) et  Ngaoundéré (Adamaoua) à l’issue desquels le document ci-après, résultats de concertations participatives à la base, a été soumis à la Commission nationale pour la protection de l’enfance en danger moral, délinquante et abandonnée en vue de sa validation, et plus tard, à l’appréciation du chef de gouvernement.

BUT DES ATELIERS RÉGIONAUX

Dans le processus classique de formulation de document de politique, il fallait s’assurer de « la prise en compte de l’avis des parties prenantes » : les populations, en vue de leur appropriation ; mais également, les instruments de politique nationale, notamment la vision 2035, le Document de Stratégie de Croissance et de l’Emploi, ainsi sur les instruments internationaux auxquels le Cameroun a souscrit, la convention relative aux droits de l’enfant (CDE), la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’enfant (CAPE). Dans le cas spécifique de ce document, les valeurs socioculturelles étaient vraiment importantes ; il fallait s’assurer de la prise en compte de la perception de nos communautés, de la réalité et des pratiques socioculturelles en matière de protection de l’enfant pour être sûrs que cette politique ne rencontrera aucune résistance par les populations. Les objectifs stratégiques fixés étaient : renforcer la qualité du draft de politique nationale de protection de l’enfant par la prise en compte effective des perceptions, des pratiques et des réalités socioculturelles et communautaires du Cameroun. Les objectifs spécifiques étant de restituer aux acteurs du terrain, les orientations proposées dans le plan dudit document ; s’assurer de la compatibilité de ces orientations avec les perceptions socioculturelles locales en matière de protection de l’enfant ; identifier les pratiques communautaires endogènes en matière de protection de l’enfant susceptibles d’être prises en compte et valorisées dans le cadre du document de politique nationale ; identifier les conditions critiques de mise en œuvre de cette politique nationale au niveau de la base. 

Afin d’impliquer les populations, il fallait comprendre leur perception communautaire de l’enfant. Dans la plupart de nos communautés, l’enfant se définit non seulement par l’âge, mais aussi par « un ensemble d’attitudes et de comportements ; et plus généralement par le rôle qu’il prend au sein de sa communauté ». L’enfant est une bénédiction : c’est une assurance parce qu’il va nous permettre de pérenniser la lignée, qui nous valorise au plan social, qui nous confère la notoriété et l’intégration des parents au sein de la communauté. C’est une assurance-vieillesse, parce qu’il prendra le relais des activités des parents. C’est une ressource économique et sociale, notamment par l’apport du travail ; tout cela dans un cadre où l’infertilité est considérée comme une malédiction. L’acceptation péjorative est aussi que l’ « enfant peut aussi être une cause de déshonneur, quand il arrive à des moments, dans le cadre des normes et des principes, ne correspondant pas aux attentes de la communauté : les enfants nés hors mariage, les enfants adultérins, les enfants abandonnés, les enfants albinos dans certains cas, et c’est la communauté qui définit qu’est-ce qui lui fait honneur ».  On observe un ensemble de discriminations liées à la condition et au statut de l’enfant,  aussi que la prise en charge de l’enfant a besoin de mesures spécifiques de protection pose encore beaucoup de problèmes pour la communauté. Les enfants atteints de trisomie 21, problème de sang qu’on ne peut pas toujours indiquer. Il y a également des discriminations liées au sexe, dans le cas d’une société patriarcale où les enfants de sexe masculin sont privilégiés et les filles, considérées comme les futures épouses et les procréatrices, sont exclues des attentions particulières reconnues à leurs frères dans le clan ou dans la tribu. L’expression « Elever une fille, c’est comme arroser le jardin de son voisin » est acceptée au sein de la communauté. L’ enfant est sujet de droit, mais de droit commun. Il doit obéissance et soumission à la famille et à la communauté. Il est protégé par la communauté qui veille sur lui.

Il n’a pas omis de mentionner le cas spécifique des enfants en situation d’urgence humanitaire dans le contexte du Cameroun. Ce sont des enfants séparés des parents soumis aux risques  d’enrôlement dans des groupes armés ; les enfants des communautés d’accueil des réfugiés soumis aux risques élevés de viol, d’agression sexuelle, d’enlèvement, enrôlement dans la secte Boko Haram, dislocation des familles, utilisation des enfants comme bombes humaines (surtout les filles), exposition aux mines et aux engins explosifs, non enregistrement des naissances, absence, fermeture ou éloignement des services sociaux de base, conditions de vie précaires dans les zones de déplacement ou des réfugiés.  Bien que la politique de protection de l’enfant au Cameroun a été fortement influencée par les aspects religieux, anthropologique et moderne, ledit document n’a pas omis de tenir compte de ces facteurs.

Sans pour autant être exhaustif, il a tenu à remercier les participants ci-après : Autorités religieuses, traditionnelles, administratives locales et communautaires, les leaders communautaires, les représentants des collectivités territoriales décentralisées, les représentants de la société civile, les personnes ressources et universitaires, les représentants des associations de jeunes ou de femmes, les représentants des services déconcentrés des départements ministériels impliqués dans la protection de l’enfant, les membres statutaires des groupes de travail techniques mis en place auxquels il faut ajouter les représentants des partenaires techniques et financiers auxquels il a été associé

CADRE LÉGISLATIF DE L’ACTION

La ministre des Affaires Sociales a dans son exposé, rappelé le leitmotiv de cette action. Il s’agit d’assurer aux enfants et à la jeunesse camerounaise le maximum d’opportunités garantissant la pleine jouissance des droits qui leur sont reconnus. Réitérant en la circonstance les propos du chef de l’Etat lors du 50è anniversaire de la fête nationale de la jeunesse, en février 2016 : « La jeunesse est un atout majeur pour le devenir de la nation. Elle est nombreuse et riche de potentialités, dynamique et ambitieuse, conquérante et inventive ».

Le contexte, selon la ministre est marqué par la signature et ratification de divers instruments internationaux se rapportant au bien-être de l’enfant, Convention des Nations Unies relative au bien-être de l’enfant, Charte Africaine des Droits et du bien-être de l’enfant et le renforcement du cadre juridique national ; et au plan interne, la Constitution du Cameroun, le Code Civil, le Code du Travail, le Code de Procédure Pénale, le nouveau Code Pénal ainsi que certains textes spécifiques qui protègent l’enfant, le cadre institutionnel matérialisé par le décret n° 2011/408 du 9 décembre 2011 portant organisation du gouvernement et consacrant près de 13 départements ministériels dont les missions concourent directement à la protection de l’enfance et de la jeunesse. 

Cette action, bien que noble n’est pas sans difficultés. Les écueils rencontrés sont entre autres : la faible prise en compte de politique de protection de l’enfant dans tous les secteurs de la vie normale ; la persistance des pesanteurs socio-culturelles peu favorables à la protection de l’enfant ; la prise en compte insuffisante des droits fondamentaux de l’enfant ; l’insuffisante efficacité de l’offre de service en matière de protection de l’enfant et l’insuffisance des mécanismes de gouvernance des actions de protection de l’enfant. Malgré cela, des axes stratégiques ont été élaborés : l’amélioration de la prise en compte de la problématique de la protection de l’enfant dans tous les aspects de la vie nationale ; la proposition d’un environnement socio-culturel favorable à la protection de l’enfant ; l’amélioration du cadre juridique et judiciaire de protection de l’enfant ; l’amélioration de l’accessibilité des services de protection de l’enfant ; le renforcement de la gouvernance des actions de mise en œuvre de la politique nationale de protection de l’enfant. A cela, il faut ajouter, un mécanisme de mise en œuvre qui s’appuie sur un système de coordination impliquant tous les acteurs de la protection de l’enfant.

Comme un plaidoyer, la ministre a rassuré la commission de la rigueur et du professionnalisme dont font montre les parties prenantes dans ce processus, mais aussi de l’existence d’une provision budgétaire qui n’attend que la validation dudit document, car « les enfants en situation de vulnérabilité sont des Camerounais à part entière qui ont besoin d’être épanouis ».

 Samuel Binyegui Ott