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Les Grands procès de l’histoire : L’Affaire DREYFUS

Catégorie : Universalis
Écrit par Ledroit Affichages : 103

L’affaire dite Dreyfus commence le 15 octobre 1894 avec l’arrestation du capitaine Alfred Dreyfus, convaincu d’avoir livré des documents confidentiels à l’Allemagne.

Passé en conseil de guerre du 19-22 décembre 1894 pour intelligence avec l'Allemagne, le capitaine Dreyfus est condamné grâce à de fausses preuves, à la déportation à vie. Toutefois, il sera réhabilité en 1906. le capitaine Dreyfus est condamné à cause à de fausses preuves. Lorsque celles-ci sont découvertes, la défense d'Alfred Dreyfus s'organise. C'est « J'accuse », l'article du romancier Émile Zola, qui, le 13 janvier 1898, donne à l'affaire toute sa publicité

Chronologie de cette affaire qui a porté à son paroxysme le clivage entre les défenseurs des valeurs de justice et de vérité Dreyfusards), et les  antidreyfusards, pour qui la vérité et la justice doivent être subordonnées aux intérêts supérieurs de l'État, dont l'armée est un pilier d'autant plus important que la revanche contre l'Allemagne est encore à l'ordre du jour:

15 octobre 1894 Arrestation du capitaine Alfred Dreyfus, convaincu d’avoir livré des documents confidentiels à l’Allemagne.

19-22 décembre 1894 Le conseil de guerre condamne Dreyfus à la déportation à vie.

Mars 1896 Le commandant Picquart, chef du Bureau des renseignements de l’armée, découvre les fausses pièces du dossier d’accusation.

13 janvier 1898 Zola publie sa lettre ouverte « J’accuse » dans L’Aurore.

Février 1898 Premier procès de Zola, cassé pour vice de forme ; second procès en juillet.

4 juin 1898 Création de la Ligue des droits de l’homme.

31 août 1898 Suicide du colonel Henry, auteur du faux dossier d’accusation.

13 février 1899 Émile Loubet succède au président Félix Faure, qui était opposé à la révision du procès.

23 février 1899 Tentative de coup d’État de Paul Déroulède.

3 juin 1899 Renvoi de Dreyfus devant le conseil de guerre.

4 juin 1899 Le président Loubet est bousculé à Auteuil par des adversaires de la révision.

22 juin 1899 Cabinet Waldeck-Rousseau de « défense républicaine ».

7 août-9 septembre 1899 Au procès de Rennes, Dreyfus est de nouveau jugé coupable, mais avec « circonstances atténuantes ».

19 septembre 1899 Le président Loubet signe la grâce de Dreyfus.

12 juillet 1906 Réhabilitation de Dreyfus ; il est réintégré dans l’armée le lendemain

L'affaire Dreyfus, qui a duré près de douze années (1894-1906), occupe une place centrale dans l'histoire contemporaine de la France. Et son impact intellectuel et moral comme ses représentations sociales et culturelles en font un événement à échelle mondiale, un véritable passé-présent régulièrement réactivé dans les mémoires individuelles ou collectives et dans les discours politiques, populaires ou savants. Longtemps indifférente malgré la tentative d'histoire immédiate menée dès 1901 par l'écrivain et député Joseph Reinach, l'historiographie a commencé seulement, dans les années 1970, de considérer l'affaire Dreyfus comme un événement historique majeur, à la fois dans son intensité factuelle et dans sa signification politique profonde, à savoir l'affrontement de la souveraineté du citoyen et du principe de justice opposés au dogme de la nation et à la raison d'État.

L'affaire Dreyfus éclaire ainsi autant qu'elle participe toujours par la réactivation de son souvenir et de ses enseignements dans l'espace public à la construction des sociétés démocratiques. Elle marque l'entrée de la France et du monde dans le xxe siècle que caractérisent aussi bien la puissance du nationalisme et le pouvoir des États que la résistance des individus et la défense des notions de liberté classique, de droits fondamentaux et d'égalité civique.

L'INTERVENTION D'ÉMILE ZOLA DANS  L'AFFAIRE DREYFUS      

Sollicité par la famille Dreyfus, et peu à peu convaincu de l’erreur judiciaire, Émile Zola finit par s’investir dans cette affaire. Dès 1897, il mène et publie ses contre-enquêtes qui suscitent de vives polémiques, et dénonce la presse, majoritairement antidreyfusarde. Celle-ci, par conviction ou par crainte de perdre son lectorat, ferme peu à peu ses colonnes à l’écrivain.

Jugé à huis clos, le véritable coupable, le commandant Walsin Esterhazy, est acquitté le 11 janvier 1898 au terme d’une parodie de jugement orchestrée et manipulée par les militaires magistrats.

Le verdict scandalise Émile Zola et le pousse à réagir alors même qu’il s’expose à des poursuites judiciaires en accusant nominativement quelques-uns des membres du corps de l’armée.

Deux jours après l’acquittement du traître, le célèbre article, « J'accuse...! », signé Émile Zola est publié le 13 janvier 1898, à la Une du journal L'Aurore. L’intellectuel engagé révèle le scandale que subit le capitaine Dreyfus. C’est un événement médiatique fracassant visant l’État-major et l’État ! Par son habileté rhétorique, ses dons d’orateur, Émile Zola met sa plume au service du combat contre l’injustice et l’intolérance.

« Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! J'attends ». Ce sont les mots de conclusion du long réquisitoire de Zola, publié le 13 janvier 1898, dans le journal L'Aurore pour dénoncer l'iniquité de la condamnation de Dreyfus.

Avec cette lettre ouverte au président de la IIIe République, Félix Faure, L'Aurore offre une tribune à l'auteur à succès de l'époque. L’article dénonce le complot contre Alfred Dreyfus et ses instigateurs. Émile Zola réussit ainsi à ouvrir un débat public autour de la condamnation. L’engagement politique de l’intellectuel porte ses fruits. Preuve de sa réussite, le journal Le Temps publie, quant à lui, une pétition pour réviser le procès du capitaine Dreyfus, signée par des personnalités importantes et notamment, les grands auteurs et artistes de sa génération. Le ministre de la Guerre porte plainte aux Assises contre Émile Zola. Son procès se déroule en février 1898 et permet de divulguer les informations de cette condamnation auprès du grand public. La France est divisée entre les dreyfusards et les antidreyfusards. La foule se presse au tribunal et le procès se fait plus dur. Au final, Émile Zola est condamné à un an d'emprisonnement. L'auteur se pourvoit en cassation mais est de nouveau condamné. En juin 1899, son jugement est cassé et Zola peut revenir dans son pays natal où il est toujours haï par les antisémites, les militaires et les nationalistes.

En août 1899, Alfred Dreyfus est une fois de plus reconnu coupable et condamné à dix ans de réclusion mais les circonstances atténuantes évoquées laissent entrevoir un espoir. En effet, le nouveau président Émile Loubet gracie Dreyfus le 19 septembre 1899. Gracié mais pas encore innocenté.

APRÈS L’AFFAIRE DREYFUS

Émile Zola meurt en 1902 alors qu'Alfred Dreyfus n'est pas encore totalement blanchi. C'est en juillet 1906 que le capitaine Dreyfus est réellement réhabilité par la France, et nommé Chevalier de la Légion d’honneur. La Cour de cassation ayant cassé le verdict de 1899. Il réintégrera l'armée, participera à la guerre de 1914-1918, deviendra colonel et mourra en 1935.

Lors de la cérémonie du transfert des cendres d’Émile Zola au Panthéon, le 4 juin 1908, Alfred Dreyfus, blessé, échappe à l’attentat contre sa personne, commis par Louis Gregori, journaliste, nationaliste, militariste et antisémite. Il sera acquitté.

 

Sources Europe 1