Médecine du travail

DR CYRILLE DIFFO

«Pas toujours les professionnels»

Au lendemain de la célébration de la journée internationale du travail, des voix se sont élevées pour décrier les conditions de travail médiocres dans le milieu professionnel, et plus précisément la prise en charge médicale des travailleurs qui n’est pas toujours efficiente. Le docteur  Cyrille Diffo, spécialiste en  santé et sécurité au travail fait une incursion dans le domaine de la santé au travail dans notre pays.

Qu’est-ce que la médecine du travail ?

Il vaudrait mieux commencer à expliquer ce que c’est que  la santé au travail, qui est un état de bien-être mental, social, physique optimal, résultant d’un milieu de travail sûr et salubre,  dans lequel le travailleur peut exercer des tâches professionnelles motivantes et avoir une influence sur son propre travail. Mais, pour atteindre un état de bien-être optimal, un ensemble de dispositions a mises sur pied sur le lieu du travail, telles  que  la médecine du travail qui s’occupe de la santé du travailleur, l’hygiène qui va concerner l’environnement et les conditions de travail, l’ergonomie qui s’occupe de la relation entre le travailleur et son outil de travail et enfin la sécurité qui va s’occuper des sources d’atteinte à l’intégrité physique du travailleur. La médecine du travail est une composante de la santé au travail.

 

Quelle est la législation qui encadre la médecine du travail au Cameroun ?

La différence qu’il y a entre la médecine du travail en tant que spécialité, et les autres spécialités est qu’elle se déroule en dehors du cadre normal des prestations de santé. C’est une médecine dite normative, avec un cadre réglementaire. Ce cadre réglementaire se situe à plusieurs niveaux ; on parle alors de la hiérarchie des normes. Au niveau international, on a les conventions et les recommandations de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Sur le plan national, il y’a la Constitution, les lois, les décrets. Au Cameroun la première loi qui encadre la médecine du travail, c’est la loi n°77-11 du 13 juillet 1977 portant prévention et réparation des accidents de travail et des maladies professionnelles.  En second lieu, il y a  l’arrêté 015 du ministère du Travail et de la Prévoyance sociale du 11 octobre 1979, qui fixe les modalités d’organisation et  de fonctionnement des services médicaux. En troisième lieu, l’arrêté 039 portant sur les mesures d’hygiène sur le lieu du travail ; la loi n°92/007 du 14 aout 1992 portant sur le code du travail. Ces dispositions régissent le  secteur  privé. Pour ce qui est du secteur public, c’est le décret n°2000/682 du 13 septembre 2000 du premier ministère, qui fixe les modalités d’exercice du droit à la santé du fonctionnaire. On peut également citer  l’arrêté 051 du  6 octobre 2009 du ministère du Travail et de la Prévoyance sociale qui réactualise la liste des maladies professionnelles indemnisables au Cameroun.

 

Comment est-ce que le médecin spécialiste de médecine du travail se déploie au sein d’une structure au quotidien ?

Le médecin spécialiste de la médecine du travail exerce dans une structure soit à temps partiel, soit à temps plein,  selon la réglementation en vigueur. Au Cameroun, la médecine du travail se fait sous trois formes : soit une convention de visite-soin qu’une entreprise passe avec un cabinet - et le médecin de ce cabinet fait donc office de médecin du travail pour cette entreprise -,  soit un service médical interentreprises, c’est-à-dire, un ensemble d’entreprises, qui ne réunissent pas l’effectif nécessaire pour avoir de façon individuelle un service médical au sein de leur structure, se mettent ensemble pour en avoir un autonome,  soit sous la forme d’un service médical autonome qui est organisé au sein de l’entreprise. Le médecin du travail est indépendant et libre dans ses décisions. Le médecin propose et le chef d’entreprise décide. De manière plus concrète, lorsque le médecin est recruté au sein d’une structure, il intègre l’équipe de santé au travail qui est composée du comité d’hygiène et de sécurité au travail. Le médecin du travail joue, dans ce comité, le rôle de conseiller technique. Le médecin du travail, au-delà des visites courantes en cas d’affection, se livre à des visites d’embauche. En dehors de cela, tout au long de la journée, il œuvre pour  des activités curatives et des activités préventives. Parmi les activités curatives, il y’a la prise en charge des urgences (accidents de travail…).  Les activités préventives se déclinent en  ce qu’on appelle la prévention primaire, secondaire et tertiaire.

 

Pourquoi cette médecine est-elle mal connue au Cameroun ?

Je ne pense pas qu’elle soit mal connue, et cela m’engage. Je pense plutôt qu’on s’arrange à ne pas la connaître, car, si vous regardez les textes qui régissent cette profession, ils datent de 1977 et même plus. L’on peut aussi relever le fait qu’il n’y a pas suffisamment de ressources humaines.  Au Cameroun, selon les statistiques,  l’on chiffre  à peu près  5,1 millions de travailleurs pour  à peine 35 médecins spécialistes de la santé et la sécurité au travail. D’autre part, les comités d’hygiène et de sécurité au travail, qui sont des instances au sein desquelles on débat des problèmes de sécurité au travail dans les entreprises, sont inexistants. Il est aussi vrai que, beaucoup d’employeurs voient la santé au travail comme une source supplémentaire de dépenses. Pourtant, dans deux structures identiques, la différence se situe au niveau de la ressource humaine. C’est donc le lieu de formuler des requêtes à l’encontre du service de la santé et de la sécurité du ministère du Travail et de la Sécurité sociale pour  intensifier la mise sur pied des comités d’hygiène et de sécurité au travail, s’assurer de la formation effective de ces comités, développer des activités d’information, d’éducation et de communication sur la santé et la difficulté au travail dans les entreprises.

 

Est-ce que ceux qui vont à la retraite peuvent continuer à bénéficier des services du médecin du travail ?

Pour que cela soit possible, il faut que certaines conditions soient remplies, à savoir avoir un contrat de travail régulier avec  l’employeur, être régulièrement inscrit à la CNPS. Une possibilité s’offre également au travailleur, au travers de la convention collective. On peut aussi citer un autre aspect, l’attestation d’exposition, qui est le fait de passer des visites au début et à la fin de sa carrière professionnelle,  de telle sorte que, si le travailleur développe une maladie professionnelle pendant ou après son travail,  qu’il soit pris en charge, même après la cessation de toute activité professionnelle.

 

Qu’est-ce qui est fait pour ceux qui, au cours de leur parcours professionnel, sont frappés d’une maladie liée à leur métier ?

Pour ces personnes-là, la loi prévoit  que cela soit possible sous certaines conditions : d’abord être sous contrat avec l’employeur, ensuite être inscrit à la CNPS.  Il faudrait aussi que votre maladie fasse l’objet d’un certificat médical initial et d’un certificat médical de guérison, ou d’inaptitude totale au poste. Une fois ces conditions remplies, la loi dispose que vous devez bénéficier d’une rente liée à votre accident. Il faut signaler que, même si l’employeur ne le fait pas, le travailleur ou ses ayant-droits peuvent   entreprendre ces démarches dans un délai de deux ans.

 

Quelle est la situation globale de la santé au travail au Cameroun ?

Comme on l’a signalé plus haut,  il y’a un problème de ressources humaines formées.  Au Cameroun, ce ne sont pas toujours les professionnels de la santé au travail qui exercent dans les entreprises. Aussi, dans ces entreprises-là, l’on privilégie les activités curatives au profit des activités préventives, alors même  que la médecine du travail est essentiellement préventive. Dans la majorité des entreprises, vous n’allez pas trouver un plan annuel de prévention, ni même une cartographie des risques professionnels. La conséquence de tout ceci est qu’on observe des accidents de travail fréquents, qu’on aurait pu éviter pour la plupart, tant il est vrai qu’il n’y a pas de risque zéro.

Propos recueillis par Mireille Douba Titti

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