Sécurité sociale au Cameroun : Le modèle en question

La réflexion sur les améliorations possibles du système camerounais de sécurité sociale, menée depuis le 10 octobre 2016 par les experts de la CNPS, sous la coordination du directeur général, a abouti sur la nécessité de la définition par l’Etat, d’un modèle de sécurité sociale.

Cela n’est plus un secret pour personne, l’une des problématiques auxquelles le système camerounais de sécurité sociale fait face, c’est celle de l’absence d’une architecture théorique ; c’est-à-dire, d’un modèle. Les spécialistes sont unanimes, le modèle constitue « l’épine dorsale » de tout système de sécurité sociale.

Et lorsque qu’on interroge les possibles améliorations à apporter au système camerounais, la première question à laquelle il faut inévitablement répondre c’est : quel est le modèle de sécurité sociale que veut adopter l’Etat ? Tout commence en effet par-là, parce que c’est un choix politique que doit opérer l’Etat, en tant qu’il est le garant d’un minimum de revenus à chaque citoyen. Et parce que selon le directeur général de la CNPS, « il n’existe aucun système au monde où tout le monde contribue », il est possible pour l’Etat d’opter pour le modèle dit « de lutte contre la pauvreté monétaire ». Un système de pension universelle. Dans ce modèle, on estime qu’il ne devrait pas y avoir de pauvres. Le risque social ici, c’est soit lorsque le citoyen dégringole du seuil de pauvreté, soit lorsqu’il ne l’atteint pas (2 dollars/jour).

Ce modèle est forcément financé par l’impôt et exige donc pour être mis en place, un consensus. Politique s’entend. De toute façon, prévient le patron de la CNPS, « si on n’y va pas, on n’arrivera jamais à une couverture universelle si on ne prend pas en compte les indigents en les finançant par l’impôt ». Alors question : si l’impôt doit financer la maladie, s’il doit également participer à financer les indigents, le niveau d’imposition au Cameroun peut-il permettre de supporter ces charges ? La réponse des experts de la CNPS est indubitablement oui. C’est la raison pour laquelle « la CNPS, a dit le DG, doit continuer à proposer ».

Première proposition, on peut avoir au Cameroun un système de sécurité sociale fondé sur le modèle de lutte contre la pauvreté monétaire. Un système de pension généralisée financé par l’impôt, la TVA notamment. Il prendrait en compte tous les indigents. Deuxième proposition, on peut mettre en place un système de pension complémentaire obligatoire géré par capitalisation par la CNPS. Il va concerner des personnes dont le plafond des cotisations est compris entre 750.000 et 1 500.000 francs CFA et sera à cotisations définies. Troisième et dernière proposition, un système libre pour ceux dont le plafond des cotisations est au-delà de 1500.000 francs CFA, mais à cotisations définies.

Au regard des différentes hypothèses, quel est donc le modèle que nous voulons ? Quel système de pensions la CNPS doit-elle proposer à l’Etat ? Il est évident que pour l’organisme, le système qui lui convient est celui qui prend en compte les indigents, parce qu’il est un système humaniste, solidaire et de lutte contre la pauvreté. « Il faut penser le système, voir sa soutenabilité, je pense qu’il est soutenable », a tranché le DG. On peut également imaginer l’adoption du modèle dit « de préservation du niveau de vie antérieur » et dans ce cas, il faut envisager pour les cotisants, un taux de remplacement beaucoup plus élevé que les 50% actuellement en vigueur.

La réflexion s’est également poursuivie pour ce qui est de la couverture maladie universelle. Comment faire ? Sera-ce une assurance maladie limitée ou universelle, ouverte à tous  comme dans le modèle gabonais, avec des risques évidents d’un déficit du système après quelques années, ou bien, on prend, comme dans le modèle rwandais, tout le monde en charge mais pas tout ? Et si on introduit la maladie, qui va financer ? Autant d’interrogations soulevées qui sont autant de défis pour le système camerounais de sécurité sociale aujourd’hui.

Bien entendu, le financement de la maladie est difficile mais, pour la CNPS, il est possible d’aller vers un système contributif avec prise en charge des indigents par paliers et partiellement fiscalisé.

Berthe Nadège Rose Bissa (Cnps) 

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