SUD SOUDAN - A l’aube du 54e Etat africain

Le 15 Juillet 2011, à 98,83%, le Sud-Soudan a dit oui à la sécession. Un scrutin historique, clé de voûte de l’accord de paix signé en 2005 au Kenya pour mettre un terme à 22 ans de guerre civile entre le gouvernement de Khartoum au Nord et les rebelles au Sud.

Le référendum qui s’est déroulé au Sud-Soudan du 9 au 16 janvier marque un tournant, non seulement pour ce pays déchiré par les guerres civiles depuis un demi-siècle, mais aussi pour le continent africain tout entier : pour la première fois, le sacro-saint principe de l’intangibilité des frontières issues de la colonisation a été remis en cause

C’est le 9 Juillet que l’indépendance formelle a été effective, à la fin de la période de transition de six ans arrêtée par l’accord.

Contexte historique

Profitant du morcellement du pouvoir en Egypte, l’ancienne Nubie – la Nubie et la partie nord de l’actuel Soudan – nommée pays de Koush par les égyptiens qui la conquièrent au XXème S av. JC, se constitue en royaume indépendant dès le premier millénaire av. JC. S’y développe une culture spécifique, l’une des plus anciennes et puissantes formations politiques de l’Afrique antique, qui résiste durant près d’un millénaire aux tentatives hégémoniques de l’Egypte. Ses pharaons dominent d’ailleurs cette dernière de 750 à 663 av. JC, durant la XXVe dynastie dite éthiopienne.

 

S’opposant avec succès d’abord aux prétentions des Assyriens sur la vallée du Nil, c’est la victoire d’Assurbanipal (663) qui entraîne le repli des Koushistes vers le sud. Christianisée au VIe siècle, la Nubie est lentement occupée par les Arabes et divisée au XVIe siècle en plusieurs Etats dont le royaume du Darfour et du Kordofan, vivant essentiellement du trafic des esclaves destinés aux marchés du Moyen-Orient.

En 1820-1821, les Egyptiens, aidés des Britanniques et de l’armée de Kitchener, conquièrent le pays. C’est l’apogée de l’empire de la reine Victoria, un condominium anglo-égyptien est établi en 1899 sur le Soudan. La colonisation met en valeur les territoires du nord, en y développant la culture du coton destinée à l’exportation, au détriment du sud et de l’ouest du pays, impropres à l’irrigation.Quand en 1951 l’Egypte rompt le condominium, le roi Farouk s’autoproclame roi du Soudan. L’annonce intensifie le débat entre partisans du rattachement à l’Egypte et partisans du maintien du lien avec le Royaume-Uni. Dans l’esprit de ses partisans à l’étranger, l’indépendance du Sud-Soudan devait permettre soit de bloquer l’avancée de l’islam en Afrique noire, soit de prendre à revers le monde arabe et plus particulièrement l’Egypte nassérienne, chantre du non-alignement et de la résistance palestinienne.

Mais les objectifs du mouvement Anyanya (nom donné à cette guerre et qui signifie : « venin de serpent », allait perdurer jusqu’en 1972), disparate et sans direction politique forte — ne faisaient pas  l’unanimité. Le Sud-Soudan, vaste territoire de six cent cinquante mille kilomètres carrés, est en effet formé de régions qui diffèrent dans leur rapport aux deux pôles d’attraction que sont le nord du Soudan et l’Afrique orientale.

Commence alors une ère d’instabilité politique. Le débat s’oriente vers le projet d’indépendance totale. Egyptiens et Britanniques retirent leurs troupes en 1955. L’indépendance du Soudan est officiellement reconnue le 1er Janvier 1956, deux semaines après la proclamation faite au parlement soudanais.

En novembre 1958, le gouvernement est renversé par des militaires, premier d’une série de nombreux bouleversements. La guerre, à la fois culturelle et religieuse entre le Nord et le Sud du Soudan, se clôt en février1972 par l’Accord de paix d’Addis-Abeba. Mais en 1983, la décision du général Nemeyri de diviser le Sud en trois régions et la proclamation de la loi islamique déclenchent une nouvelle insurrection, tandis que le marasme économique s’étend vers le Sud. Depuis la chute de Nemeyri en 1989 et le coup d’Etat militaire du 30 Juin 1989 du général Omar Hassan el-Bachir, le Soudan est dirigé par un gouvernement à forte tendance islamiste.

 

Les défis qui attendent cet Etat

Parallèlement au règlement de ces enjeux, c’est la construction d’un Etat et la création de ses institutions qui devraient occuper le nouveau pays.

La première des priorités sera de trouver les fonctionnaires capables de relever ces défis, notamment en matière de politique financière. Le retour de réfugiés ayant acquis des compétences dans des pays développés sera très certainement indispensable. Les tâches qui leur incomberont sont impressionnantes : création d’un gouvernement et d’une armée nationale professionnelle permettant de garantir la sécurité, émission d’une nouvelle monnaie, construction de routes, d’écoles et d’hôpitaux, perception d’impôts dans l’une des régions les moins développées du monde… C’est donc une véritable politique de développement qui devra être bâtie.

Mais aujourd’hui, face à la reprise des affrontements entre l’Armée de Libération du Sud-Soudan (SPLA) et les milices rebelles, étouffer la dissidence pour éviter qu’elle ne se propage pourrait bien être le premier des défis pour les autorités sudistes sans oublier ses corollaires, le maintien de la sécurité dans la région et le désarmement de la population civile.

« Nous soutiendrons le nouvel Etat du Sud et nous favoriserons sa stabilité car nous sommes voisins et resterons amis », avait alors déclaré le président soudanais Omar Al-Bachir le 25 janvier dernier. Quelques jours auparavant, la population locale avait massivement voté pour l’indépendance. Inédite en Afrique, cette partition « à l’amiable » vise à mettre un terme à des décennies de conflits. Mais elle laisse en suspens des éléments clés de la stabilité régionale : le partage de la rente pétrolière et la délimitation des frontières.

Source le  Monde diplomatique

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