Jean Marc Bikoko : « Les fonctionnaires revendiquent le rétablissement de leurs salaires à leur niveau de 1992 et leur augmentation de 30% ».

Suite à l’augmentation par décision du gouvernement des prix des produits pétroliers à la pompe et l’initiative de certaines mesures d’accompagnement, telle que la revalorisation des salaires des personnels de la Fonction Publique, le président de la Centrale Syndicale du Secteur Public du Cameroun (CSP) donne sa lecture et explique les enjeux…

Quelle est votre position vis-à-vis de la hausse des prix des hydrocarbures ?

Disons que, cette décision est mal venue et empreinte d’improvisation. Il y a deux ans, le gouvernement a organisé des consultations autour de la suppression de la subvention. C’est une subvention à laquelle nous n’avons d’ailleurs réellement jamais crue. Quand bien même ce serait le cas, le gouvernement a le devoir de faciliter à ses populations l’accès aux produits de consommation courante pour l’amélioration de leur bien-être. Quoiqu’il en soit, nous disons que cette hausse n’est pas opportune, car le pouvoir d’achat des Camerounais est le plus bas au monde. C’est sur ce rejet de l'augmentation des prix que nous nous sommes séparés en 2012. L’augmentation n’était donc plus à l’ordre du jour. La manière quelque peu cavalière avec laquelle le gouvernement a fait cette annonce, en plein mondial, est le symptôme de ce qu’eux-même savent que cette décision est inacceptable.

Les mesures d’accompagnement entreprises sont-elles satisfaisantes ?

Sachant que la décision est suicidaire, ils ont parlé de mesures d’accompagnement. Mais celles-ci, on les questionne. La question est pourquoi la hausse est immédiate tandis que les mesures d’accompagnement sont à venir ? Pour nous, au niveau de la CSP, le gouvernement s’est noué la corde au cou. Car, cela fait 20 ans que les fonctionnaires revendiquent le rétablissement de leurs salaires à leur niveau de 1992 et leur augmentation de 30%. Il faut tenir compte du coût actuel de la vie pour les Camerounais. Nous pensons donc que la revalorisation qu’ils  viennent d’annoncer doit se faire sur cette base là, parce qu’il n’y a pas d’autres revalorisations qui vaillent en marge de celle là.

Est-ce que le gouvernement a les moyens de supporter ces mesures ?

Nous ne voulons pas savoir. Il y a une logique. Après la revalorisation de 15% de 2008, le contexte a changé depuis ce temps. Il faut que les salaires s’arriment au niveau de vie actuel. En plus, le gouvernement doit avoir l’expertise nécessaire. Et beuh, s’il ne l’a pas et s’il ne comprend pas ce que nous voulons, comme ils sont champions du dialogue en trompe l’œil. Ils se sont réunis avec quelques autres [syndicats] et il en est sorti un communiqué qui levait le mot d’ordre de grève comme si les affaires avaient été réglées. Nous nous pensons que nos salaires doivent être revalorisés immédiatement. Dès demain, nous appelons le fonctionnaire à se mobiliser et cela commence par la distribution des tracts.

Est-ce que vous annoncez une grève en cas d’insatisfaction de vos attentes?

Nous sommes dans une dynamique unitaire avec les autres confédérations syndicales. Nous avions adressé un mot d’ordre de grève déjà au chef de l’Etat pour le 10 juillet. Et c’est dans ce cadre que les travailleurs se mobiliseront.

Est-ce que vous avez d’autres revendications hormis la revalorisation de 30% des salaires ?

Nous demandons l’harmonisation de l’âge de départ à la retraite. Cela serait une autre mesure d’accompagnement. Je veux dire les fonctionnaires que l’on envoie à la retraite aujourd’hui sont ceux à qui l’on a coupé et ponctionné les salaires depuis 21 ans et donc aucun n’a pu avoir le temps de préparer convenablement  la retraite. Ainsi, les envoyer à 55ans, c’est les condamner. Les 5 années supplémentaires que nous demandons peuvent leur permettre de se rattraper.

Y a-t-il une union entre les syndicats impliqués dans les revendications?

Il y a bien une union. Nous sommes dans une logique unitaire et de discipline. Toutes les 12 confédérations de syndicats ont signé un préavis de mot d’ordre de grève envoyé au chef de l’Etat. Cependant, l’on entend des déclarations … mais on le saura aujourd’hui devant le ministre du Travail [lors d’une réunion tenue le 07/07/2014]. Toutes les confédérations se sont entendues autour de résolutions claires et notre porte-parole à tous à cette réunion parlera pour nous, le président de la CSTC, Zambo Amougou. C’est lui qui parlera. Après lui, nous prendrons acte de tous les autres qui vont se rebiffer en sortant de la dynamique.

Que vous inspire la revalorisation annoncée du SMIG ?

La revalorisation du SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) est un impératif catégorique au vu de son incongruité actuelle. Car, le Cameroun devrait avoir honte de son SMIG actuel. Il devrait le revaloriser mais aussi le rendre applicable car si on le met à 100.000 FCFA, est-ce que tous les opérateurs économiques pourront le respecter. De fait, même l’Etat paye à certains personnels  de la Fonction Publique moins que le SMIG. On  en a vu  au ministère des Affaires Sociales  ou encore au ministère de la Femme.

Si vos exigences ne sont pas satisfaites, qu’allez-vous faire ?

Si à la fin du mois nous ne voyons pas l’augmentation dans nos salaires, ce sera la catastrophe par rapport à la grève prévue les 10 et 11. Nous ferons une autre action plus musclée.

Propos recueillis par Willy S. Zogo.

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