Législatives et municipales 2013 : Jour d’élection à Nkolndongo

Après deux semaines de campagne âpre entre les différents partis politiques en lice lors des élections couplées municipales et législatives, les électeurs devaient choisir ce jour du 30 Septembre 2013 leurs représentants pour  les cinq prochaines années. Dans la quatrième circonscription de Yaoundé, tout était sous contrôle, à part les problèmes d’accessibilité aux édifices abritant les bureaux de vote qui ont paralysé la participation des personnes handicapés au scrutin.

Ce 30 septembre 2013, nous sommes à Nkolndongo, un quartier périphérique du centre-ville de Yaoundé, dans la quatrième circonscription. Il est 8 heures du matin. Les rues sont clairsemées, la circulation  pas du tout dense, les échoppes et ventes à emporter sont fermées conformément aux instructions édictées par le président de la République. Les rares commerçants récalcitrants, négligentsou tout simplement ignorants étaient vite rattrapés par les forces de l’ordre et enjoints  de s’exécuter sous peine de représailles. Les citoyens prévoyants avaient la veille fait le pied de grue devant les boulangeries pour s’approvisionner en pain et denrées de toutes sortes afin de s’éviter tout désagrément le jour –j.

C’est le jour du double scrutin législatif et municipal. Les bureaux de vote sont déjà ouverts ; un pari difficile mais finalement remporté dans la plupart des bureaux de vote de Yaoundé IV où les élections ont lieu respectivement au Lycée d’Anguissa, au Lycée de Nkolndongo et à l’école Publique de Nkolndongo.

Le déroulement des élections

Au Lycée de Nkolndongo, 8h25, du matin. Les électeurs arrivent en compte-goutte. D’une manière  générale, l’ambiance est bon enfant. Les gens viennent voter en compagnie de leurs épouse, enfants ou amis bref en parfaite décontraction, signe d’une maturité politique grandissante des Camerounais qui n’en sont  plus à leur premier essai.

Dans ce Lycée du quatrième arrondissement, les élections  se déroulent dans des salles de classe.Celles- ci sont assez spacieuses et disposent pour certaines d’électricité. Sur les murs extérieurs, l’on aperçoit des listes biométriques avec photos des électeurs. A travers les fenêtres, l’on peut voir tout le matériel électoral en place, notamment des urnes transparentes, des isoloirs (deux par salle dont une pour les législatives et une pour les municipales), pas tant que cela isolés, de telle sorte que le votant est épié dans  ses moindres gestes.Les bulletins de votes des différents partis politiques représentés dans ce bureau de vote. Puis les fioles d’encre.

D’après les déclarations de la présidente de la commission électorale de Yaoundé IV du bureau de vote du Lycée de Nkolndongo, Mademoiselle Ngo Mang La fortune, « ce matériel dans sa grande majorité était disponible depuis la veille, seuls les bulletins de vote ont été déposés ce matin des élections ».

Dans la salle, deux scrutateurs sont installés. Celui du RDPC et du celui du MDR de Maurice Kamto, le représentant d’Elecam et 2 observateurs nationaux qui prennent des notes sur le déroulement du scrutin. « Nous ne resterons pas ici très longtemps, car nous avons à sillonner tous les bureaux de vote de Yaoundé IV. Nous pensons que tout est en règle dans ce bureau. Naturellement, nous allons repasser à l’heure du dépouillement », rassure Eric Kounga, membre délégué d’une association de défense des droits de l’homme basée à Yaoundé.

Les électeurs munis de leurs cartes ne connaissent pas à proprement parler de difficultés particulières pour effectuer leur choix. La carte indique avec précision le bureau de vote, et une fois présents, l’on n’a plus qu’à suivre les indications des membres dudit bureau concernant la vérification de l’identité de l’électeur, et son inscription dans le centre en question, sa signature devant son nom sur la liste , la prise des bulletins, la pose de l’encre indélébile,  la direction vers les isoloirs, puis enfin le  dépôt de l’enveloppe dans l’urne. Marie Thérèse Ndjana, est une respectable retraitée de la Fonction publique camerounaise. La sexagénaire est très fière de venir voter ce matin.  Elle présente son doigt empreint d’encre. La preuve de son indélébilité. « On ne peut plus parler de la fraude électorale. Tout est clair, dit-elle sous le sceau de la confidence. De toutes les façons, mon parti va gagner et n’a pas  besoin de tripatouillages pour gagner ». Il est alors aisé de deviner  de quel parti il s’agit.

Même les personnes dépourvues de leur carte avaient la possibilité soit  de la retirer sur place et de voter, soit de voter s’ils étaient nantis de leur récépissé ou de leur carte d’identité à condition que  leurs noms figurent sur les listes électorales du bureau concerné. Au fur et à mesure que le temps passe, les votants, de plus en plus nombreux, se bousculent et font la queue pour effectuer leur devoir civique.

Incident

Le ballet incessant des électeurs s’est ainsi poursuivi des heures durant sans incident notable. Excepté le fait pour certains électeur des bureaux de vote du Lycée de Nkolndongo qu’il n’y ait qu’un seul parti, en l’occurrence le RDPC pour les municipales. Un fait notable dans tous les bureaux de vote de la circonscription de Yaoundé IV. Et également, une erreur technique des éléments d’ELECAM qui ont déposé des bulletins de vote du Wouri-Ouest au bureau de vote du Lycée de Nkolndongo, mais les choses sont vite rentrées dans l’ordre une fois l’erreur signalée. Enfin,la plupart des bureaux de votes de ce lycée sont à l’étage. Il faut dévaler des escaliers à colimaçon pour y accéder. Ce qui parait normal  pour la majorité des électeurs qui se présentent ici ce matin, n’eut été la vue de M. Benoît Kgwang, handicapé moteur, sur sa chaise roulante. Il ne peut accéder à son bureau de vote. Embarrassée, la présidente de la commission électorale propose à quatre gaillards de porter la chaise roulante jusqu’au niveau souhaité. Une opération qu’ils durent effectuer avec précaution et tact. L’accessibilité des bureaux de vote installés dans les divers établissements fait problème du fait de la présence d’escaliers qui empêchent des personnes vivant avec le handicap moteur d’aller librement voter. Ce qui constitue une violation des droits à la participation politique des personnes vivant avec le handicap moteur dans ces bureaux de Nkoldongo.

Accessibilité : un cadre juridique approprié

Et pourtant, le problème de l’accessibilité des personnes handicapées aux infrastructures etédifices publics ou ouverts au public constitue une préoccupation mondiale. C’est ce quiexplique sa prise en compte aussi bien dans les instruments juridiques internationaux qu’au plan national.

Au plan international, on peut citer certaines dispositions pertinentes notamment:

-la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées adoptée par l’Assemblée Générale le 13 décembre 2006 en son article 9 : «  – Accessibilité

I. Afin de permettre aux personnes handicapées de vivre de façon indépendante et de participer pleinement à tous les aspects de la vie, les Etats Parties prennent des mesures appropriées pour leur assurer sur la base de l’égalité avec les autres, l’accès à l’environnement physique, (…) et aux autres équipements et services ouverts ou fournis au public, tant dans les zones urbaines que rurales. Ces mesures, parmi lesquelles figurent l’identification et l’élimination des obstacles et barrières à l’accessibilité, s’appliquent, entres autres :a) Aux bâtiments, à la voirie, aux transports et autres équipements intérieurs ou extérieurs, y compris les écoles, les logements, les installations médicales et les lieux de travail » ;

- les Règles des Nations Unies pour l’égalisation des chances des personnes handicapées adoptées le 20 décembre 1993, notamment la règle N° 5 «Les Etats devraient reconnaître l’importance générale de l’accessibilité pour l’égalisation des chances dans toutes les sphères de la vie sociale. Ils devraient, dans l’intérêt des handicapés de toutes catégories, a) établir des programmes d’action visant à rendre le milieu physique accessible ».

Au plan national, il y a notamment :

- la Constitution  en son Préambule, tiret 17 : « La nation protège (…) les personnes handicapées… ».

La Loi N°83/013 du 21 juillet 1983 relative à la protection des personnes handicapées en son article 9 : « - Pour permettre l’accès des personnes handicapées à certains édifices publics, les plans architecturaux peuvent comporter des aménagements nécessaires » et  en son article 36 : « les logements destinés aux personnes handicapées définis à l’article 35 ci-dessus, sont conçus à simple rez-de-chaussée » ;

La circulaire n°003/CAB /PM du 18 avril 2008 relative au respect des règles régissant la passation, l’exécution et le contrôle des marchés publics.

Il est donc question que les pouvoirs publics de mettre en œuvre les dispositions du cadre juridique sus évoqué pour permettre l’accès effectif des bureaux de vote aux personnes vivant avec le handicap. Leurs droits de vote en seraient ainsi protégés.

La sécurité

Au niveau sécuritaire, les forces de l’ordre  déployées sur le terrain n’ont pas du tout eu à intervenir. Ceux en faction au Lycée d’Anguissa étaient au nombre de cinq ; positionnés  devant bureaux de vote, n’avaientaucun dispositif sécuritaire visible. Pas de revolver, ni matraque.Interrogé à ce propos, le chef de la patrouille a affirmé qu’il s’agissait surtout de ne pas intimider les populations, mais de les rassurer afin que ces dernières participent au vote dans la sérénité.

Dépouillement

Vers 18 heures tapantes, tous les bureaux de vote de Yaoundé IV ont fermé. Les personnes retardataires étaient priées de rentrer chez elles. Le dépouillement pouvait alors commencer, suivi du décompte des voix. Le tout en présence des représentants des partis politiques et des scrutateurs. La tâche a été difficileà cause de l’absence de lumière dans certaines salles. L’on a dû recourir à des lampes solaires pour faire face au défaut d’électricité. Une fois les résultats partiels connus, le matériel était rangé pour être déposé avec les procès-verbaux au siège d’ELECAM. Ce processus d’acheminement a connu quelques couacs du fait du manque de véhicules disponibles, certains présidents de commission durent prendre des taxis, toutefois sous l’escorte vigilante des éléments des forces de l’ordre.

Emilienne N. Soué

 

Les résultats

le RDPC, majorité absolue

Avec 148 sièges, le RDPC rafle la quasi-totalité des sièges de l’Assemblée Nationale. La 9e législature se  sera également avec l’UPC qui refait surface avec 3 sièges, et la surprise toute de même avec le MRC, nouveau parti qui  a glané 1 siège au passage.

La cour suprême avait rendu publics, au cours d’une cérémonie haute en couleurs et empreinte d’une solennité particulière, les résultats définitifs de l ’élection des députés à l’Assemblée Nationale du 30 Septembre 2013. Tenant en haleine pendant près de trois heures un auditoire composé des membres du gouvernement conduits par leur chef, le Premier ministre Philémon Yang, les autres  corps constitués de l’Etat, le corps diplomatique, certains responsables et militants de partis politiques ; le premier président de la Cour suprême, M. Alexis Dipanda Mouelle, aidé en cela par M. Clément Atangana, président de la Chambre Administrative et M. Marc Ateba Ombala, président de la Chambre des comptes de la Cour Suprême, avait vidé sa saisine.
Au total, il est  ressorti de ce scrutin que sur les 5.481.266 Camerounais inscrits sur les listes électorales, près de 77% d’entre eux ont effectivement pris part au vote. Le RDPC ayant raflé la quasi-totalité des sièges en compétition avec 148 sièges sur 180 même s’il dispose de cinq sièges en moins par rapport à la dernière législature. Il était suivi par le SDF qui  est passé de 16 à 18 députés, l’UNDP  qui  a chuté de six à cinq, l’UDC  a conservé ses 4 sièges, l’UPC a refait son retour à l’hémicycle avec 3 sièges grâce à la reconquête de son bastion dans le Nyong et Kelle, de même que le MDR avec le siège glané dans le Mayo Danaï-Sud. Le MRC fait également une entrée remarquée avec un siège dans le Wouri.
A côté des heureux  récipiendaires, certains « perdants », n’affichaient  pas pour autant grise mine, soulignant les avancées significatives de leur parti respectif. C’est le cas du ministre de la Communication, M. Issa Tchiroma Bakary et président du FSNC qui a affirmé : « Nous avons franchi un palier supplémentaire. J’en suis à la fois ravi et fier. J’aimerai en  profiter pour dire bravo à toute la classe politique…La prochaine fois sera la bonne. »

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