AUTODEFENSE: L’ALTERNATIVE?

Le mois de Janvier 2013 a été très éprouvant pour de nombreuses familles à Yaoundé où la vie a été ôtée à une vingtaine de jeunes filles et garçons d’une moyenne d’âge de 15 ans. Qui se cache derrière ces crimes et pour quelle fin ? La question reste pendante. Mais, la psychose grandissante autour du phénomène a remis  au goût du jour le débat sur l’insécurité dans nos métropoles et la nécessaire synchronie qui doit régner entre les moyens de bord mis sur pied dans les quartiers et villages connu sous l’appellation « comité d’autodéfense » et les forces de l’ordre. D’ailleurs qui sont ces personnes qui se regroupent autour de la plate-forme «protéger les quartiers»? Quels sont les critères de recrutement de ces jeunes gens?  Quelles sont leurs méthodes de travail et quelles sont les armes à leur disposition?
Quel est le dégré d’implication des forces de l’ordre dans la mise en place de ces groupes de défense des quartiers? Quelles sont leurs rémunérations?
Les groupes d’autodéfense peuvent-ils valablement sécuriser les personnes et les biens avec la recrudescence de la délinquence urbaine et le bandistisme?
Quelles sont les   forces en présence?
Toutes ces questions montrent à suffisance l’intérêt que suscitent ces comités autoconstitués censés protéger et défendre leurs quartiers.
Leurs actions  sont  d’ailleurs diversement appréciées. Pour certains, c’est la solution quand on sait que la sécurisation des quartiers périphériques de nos villes n’est pas absolue.C’est le cas du quartier Jouvence où leur action a pu neutraliser (momentanément?) les agresseurs et violeurs du pont reliant  ledit quartier à Tam-Tam.
Pour d’autres, les comités d’autodéfense sont des bras séculiers de nos forces de maintien de l’ordre.
En dernier lieu, un regard péjoratif est posé sur ces groupes de jeunes:
ils seraient à l’origine de la justice populaire qui sévit dans les quartiers; ils sont eux-mêmes les commanditaires des agressions perpétrées sur leurs prochains (des gens qu’ils connaissent bien); ils outrepassent leurs prérogatives qui consistent à maîtriser les bandits et les livrer aux forces de l’ordre; ils sont armés de gourdins et de matchettes, ce qui fait craindre des règlements de compte.
Quoi qu’il en soit, l’on ne peut ignorer l’existence des comités d’autodéfense dans les quartiers. Il est impératif que les pouvoirs publics s’emmêlent et les accompagnent par la formation aux droits de l’homme, à la sécurisation, à l’éthique et à la déontologie, pour démystifier leurs actions sur le terrain. Leur formalisation et une motivation financière coucourront à les responsabiliser davantage.
Un encadrement efficace des autorités compétentes et une relecture de leur champ de compétence est nécessaire pour éviter des dérapages que l’on a coutume d’observer en pareille situation.  

Achille Magloire Ngah

 

Le bel exemple de Jouvence

Le quartier Jouvence, dans le sixième arrondissement de Yaoundé, a retrouvé la sérénité après des années de terreur, grâce  à l’action du comité d’autodéfense.


«Depuis que les jeunes du quartier se sont mobilisés en un groupe de vigilance pour traquer ces bandits, le quartier est tranquille, nous n’avons plus entendu parler d’une agression quelconque », reconnaît Pauline A, couturière exerçant au quartier Jouvence, sixième arrondissement  dans la périphérie de Yaoundé, capitale du Cameroun, à quelques mètres de Mendong dans l’ancienne zone cible des malfrats.
En effet, cet après-midi du 29 octobre 2012, dans cette banlieue, c’est une population qui vaque paisiblement à ses occupations. Pourtant, la réalité était toute autre, il n y a pas bien longtemps. Particulièrement dans le secteur cible qui est relié au moyen d’un pont au quartier Tam-Tam, à quelques encablures de Montée Jouvence. A en croirecertains habitants du quartier, cette zone fut le lieu de terribles attaques, car à une époque, les maisons y étaient systématiquement cambriolées. Autre fait marquant encore les mémoires, la terreur engendrée par un terrible bandit qui sévissait sur ce pont, s’en prenant aux passants dans la nuit pour les dépouiller de leurs biens, mais aussi aux femmes pour les violer. Aujourd’hui encore, ce pont sinistre, témoin des incidents terrifiants, garde une connotation négative pour la plupart des femmes du quartier dont certaines ont été sexuellement agressées. Heureusement, cela fait partie du passé.
Alors, qui sont ces jeunes gens vaillants dont parle la dame ? Pour le savoir, il suffit de rencontrer M. Tsague Kemvo Franklin habitant  le quartier. Il est l’un des jeunes du comité d’autodéfense de Jouvence dont le plus grand combat à été, aux côtés de ses camarades, de stopper net l’action des malfrats venant de Tam-Tam, chaque soir, pour cambrioler les maisons de Jouvence ainsi qu’arrêter le redoutable bandit qui agressait et violait les personnes de sexe féminin sur le pont joignant les deux quartiers. Ce jeune homme, la vingtaine, au souvenir de ces moments troubles, raconte: « Tout a débuté le 18 juillet 2010, nous avons vécu dans la terreur totale, il était devenu difficile, voire impossible de dormir chez soi sans penser à ces personnes qui semaient la terreur à l’extérieur, surtout lorsque je pensais qu’il s’agissait de mon quartier. Ensuite, nous avons constitué un groupe d’une vingtaine de jeunes qui montaient la garde dehors pendant les nuits. Certains étaient postés dans les champs, tandis qu’au même moment, d’autres faisaient des tours dans le quartier pour voir s’il y’avait du nouveau. Un soir, les gendarmes de la brigade de Mendong nous ont encouragés dans cette œuvre. Par la suite, nous avons pu mettre la main sur ces bandits qui ont ensuite été conduits au commissariat de Mendong. En tant que jeunes, nous devons souvent faire face à ce genre de défis dans nos quartiers. »

Le fonctionnement du comité de vigilance dans le quartier

Le groupe a été officiellement mis sur pied à la suite d’un accord signé par le commandant de la gendarmerie de Mendong, comme l’explique Stéphane,  à l’origine de cette initiative, après qu’ils aient préalablement et non sans peine, obtenu l’accord signé de leur chef de quartier. A la question d’agressions récentes dans le quartier, la réponse est un « non » ferme. Pourtant, Pauline garde encore frais en mémoire l’époque où la terreur régnait : « Je me souviens avoir plusieurs fois entendu ces bandits passer sur ma cour. Le plus dangereux était celui qui sévissait sur le pont de Tamtam et qui violait les filles.». Ces jeunes , considérés comme des héros, font la fierté des habitants qui peuvent aujourd’hui rentrer chez eux à des heures tardives sans être inquiétés. Toutefois, comme le dit cette célèbre citation du Christ, « nul n’est prophète chez soi ».  les propos de Solange, gérante d’une boutique en témoignent d’ailleurs : « Je n’ai jamais entendu parler de jeunes qui assuraient la défense dans le quartier». Malgré quelques propos qui minorent leur action,  beaucoup témoignent de  la paix qui règne au quartier et louent l’action salvatrice de ces jeunes du comité de vigilance. Un calme  et une sécurité retrouvés qui a conduit à leur mise en « stand by », c’est-à-dire, le repos du comité, car, à la fin de la guerre, les soldats rentrent toujours chez eux. Toutefois, les bandits n’ont qu’à bien se tenir, car ces jeunes restés sur leur qui-vive, sont aujourd’hui plus matures et n’hésiteront pas à sortir leurs griffes pour protéger ceux qu’ils aiment, pourvu qu’ils soient soutenus par toute la communauté.
Michelle A. Etet


Réaction

Vincent MINCENVI
Ancien fondateur d’un Comité d’autodéfense au quartier Briqueterie, Yaoundé II

« Une formation de la part des Forces de Maintien de l’Ordre serait salutaire »

Je m’appelle Vincent Mincenvi, autochtone de la Briqueterie.j’ai été l’initiateur d’un comité d’autodéfense dans ce quartier entre 2004 et 2007. Malheureusement, cela s’est arrêté parce que j’ai eu un problème de jambes qui m’empêchait de pouvoir me chausser et de continuer le travail. Actuellement, on a un dossier sur la table pour relancer le comité, parce que l’insécurité dans le quartier est devenue préoccupante. Le comité d’autodéfense avait sa place, puisqu’en ce moment-là, on  pouvait rentrer dans le quartier à 4 heures du matin sans problème. Mais aujourd’hui, c’est difficile. A l’époque, les pouvoirs publics étaient indifférents à notre existence.  Beaucoup de promesses ont été faites. Côté organisation de notre travail, nous trazvaillions avec des jeunes d’un certain âge et d’une certaine moralité. Nous travaillons entre 22  heures et 07 heures du matin. On avait des points de repères. On établissait un programme qui changeait tout le temps afin que les bandits n’aient pas une avance sur nous.  Il n’y avait aucune source de motivation, pas de soutien financier, à part le fait qu’ils me faisaient confiance. Nous n’étions pas rémunérés. Pour le matériel, c’était des torches, des gourdins et des machettes. Une formation de la part des forces de Maintien de l’Ordre aurait été salutaire. Nos rapports avec les forces de l’ordre  se limitaient aux appels qu’on leur passait. Quelques fois, ils venaient. Nous étions réconfortés du fait que la sous-préfecture était informée. Nous y avons déposé un dossier.
Propos recueillis par Marius Nguimbous

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