Investir au Cameroun : Le brainstorming

Les tables-rondes et ateliers ont servi de plate-forme d’échanges au profit des opportunités, de l’investissement et de la croissance. Ainsi, la situation macroéconomique du Cameroun dans la perspective de la croissance et l’économie numérique, important levier de la croissance  ont réuni d’éminentes personnalités du milieu de la finance, de l’économie, des experts en informatiques et autres grands entrepreuneurs.  A la clé, des propositions innovantes.

La première table-ronde de cette journée du 17 Mai 2016, avait pour thème : Situation macroéconomique du Cameroun : perspectives de croissance. Elle était animée par le Pr. Roger Tsafack Nanfosso, recteur de l’Université de Dschang. En sa qualité de ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Teritoire, Louis Paul Motaze a fait un état des lieux des projets structurants, notamment dans les secteurs de l’énergie, avec la construction du port en eau profonde de Kribi, des barrages de Memve’ele, Mekim et Lom Pangar, des travaux publics avec la construction de divers grands axes, ainsi que  de l’accroissement des échanges extérieurs avec les  financements des partenaires multilatéraux,  dans un contexte où le pays est aux prises avec  le principal défi  sécuritaire transfrontalier et la chute du cours du pétrole. Malgré cela, le Cameroun affiche des ambitions de croissance, avec un taux de 6% entre 2016 et 2018. Et, pour contrer le ralentissement de la croissance, un Plan d’urgence visant à corriger les prévisions budgétaires a été mis en place, à l’effet d’améliorer les conditions de vie des populations et densifier les activités de productions. Les partenaires financiers sur lesquels le Cameroun peut s’appuyer y étaient même représentés.

Ce sont entre autres la Banque Africaine de Développement (BAD) et la Fonds Monétaire International (FMI). Pour la BAD, les actions de cette dernière visaient à valoriser le potentiel du Cameroun, réduire les risques dûs aux fluctuations du cours du pétrole avec le développement des produits de base à forte valeur ajoutée et non adossés sur les cours de change, a affirmé M. Racine Kane, représentant-résident au Cameroun de la BAD.

Quant au FMI, ses actions ont contribué à maintenir la stabilité macroéconomique avec la priorité accordée aux projets porteurs de croissance ; l’accent a été mis sur l’accroissement de la compétitivité des industries macroéconomiques, l’amélioration du climat des affaires,  l’accès facile au crédit bancaire, à l’électricité, à la création d’entreprises.

La Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC), représentée par sa plus haute autorité, le gouverneur Lucas Abaga Nchama a énuméré des éléments importants liés au financement. Il s’agit entre autres d’une monnaie stable arrimée à l’euro sur un taux de change fixe, un système financier stable, un risque de faillite bancaire presque nul, l’anticipation des risques par la dotation d’un fonds de garantie, une baisse du taux d’intérêt directeur de 5% à 2,45%. D’ailleurs, un projet intégrateur de la sous-région a été mis sur pied avec la participation du Cameroun à hauteur de 20%. La BEAC entend aussi mettre sans tarder sur pied, des réformes visant à assurer la dynamique du marché monétaire, d’autant plus qu’un marché de titres négociables a déjà été mis sur pied pour contrôler la circulation de la liquidité.

ECONOMIE NUMÉRIQUE ET CROISSANCE

La cinquième table ronde avait de quoi retenir l’attention de plus d’un, car celle-ci s’articulait autour du numérique, et sa corrélation avec la croissance. La première intervenante en la personne de la ministre des Postes & Télécommunications, Mme Minette Libom li likeng, a relevé les points positifs de l’économie numérique dans notre pays. S’agissant de la connectivité nationale, le Cameroun dispose d’une fibre optique depuis 2012, dont plus de 6 000 km déjà réceptionnés et 10 000 km en construction ; ce qui entraine la construction de boucles optiques dans les chefs-lieux de régions,  sans omettre un volume cumulé des opérateurs de téléphonie mobile culminant à plus de 1 173 milliards de FCFA, une contribution aux recettes fiscales atteignant un pic de 67 milliards de F CFA par an ainsi qu’une création de plus de 6 000 emplois directs par les opérateurs depuis l’ouverture a la concurrence. S’agissant de la connectivité internationale, le Cameroun dispose de 3 points d’atterrissement du signal numérique avec une capacité de 90 Gigabits chacun,  et au niveau sous-régional, l’interconnexion avec le Tchad, dans une optique d’être un Hub pour la sous-région Afrique Centrale. Dans le souci de réduire le coûts des échanges ainsi que la fracture entre les zones urbaines et rurales, le Cameroun s’est lancé dans la création des télé-centres communautaires polyvalents, dont la construction effective de 79 équipements sur les 116 a construire. La  cybercriminalité gangrénant aussi l’économie numérique camerounaise, le Cameroun s’est doté d’un cadre législatif et réglementaire, avec un bon positionnement sur  l’index e-government, fiable pour évaluer l’impact de la cybercriminalité sur les économies numériques. Les jeunes sont donc, de ce fait porteurs de plusieurs projets, mais il faudrait, comme l’a souligné la ministre, une appropriation de la stratégie de développement numérique ; ce qui se traduira par une mobilisation des ressources humaines, matérielles et financières ainsi qu’une mise en œuvre des projets et programmes, pour arriver à la transformation numérique de la société dans tous les secteurs avec à la clé un suivi-évaluation desdits projets.

Après avoir brossé les bonnes tendances du marché du numérique au Cameroun, place a été aux différents hommes d’affaires s’y ayant essayé. Brunot Mettling, directeur adjoint du Groupe Orange Afrique et Moyen Orient, a tenu dans son propos introductifs, à remercier les personnalités politiques de leur présence qui témoigne du grand intérêt de ceux-ci au numérique. Il a invité de ce fait, l’économie traditionelle à réaliser « ce transit numérique », car 1/3 des entreprises contribuent à la croissance de l’économie numérique, mais aussi que l’économie numérique modifie profondément les conditions de travail, l’organisation du travail, l’espace de travail et les modes de rangement. Il terminera son propos en suggérant un cadre reglémentaire fiscal concurrentiel d’investissement clair pour réussir la transformation numérique.

L’expérience kerawa.com  qui est une a été partagée par Nino Njopkou, qui en est le fondateur. Il parcourt le monde à la recherche d’investisseurs qu’il trouvera en France, ces derniers étant convaincus du fait que l’Afrique est à ce moment-là, le meilleur endroit où il faut développer le numérique. Aujourd’hui, kerawa.com est une entreprise enregistrée depuis 2015, et disposant de 20 personnes, dont 1/3 sont des ingénieurs.

L’intervenant suivant était le plus jeune parmi les panélistes. Il s’appelle Arthur Zang, l’inventeur du Cardiopad et président-directeur du Groupe Himore Medical Equipments. L’effort et la grâce ont été au rendez-vous dans son cas. A l’époque, étudiant à l’Ecole Polytechnique de Yaoundé, il décide de développer des logiciels dans le domaine médical. Il réussira à trouver un mentor à l’Hôpital Général de Yaoundé, en la personne de Samuel Kingue, Chef Service Cardiologie. Ayant acquis tout le savoir nécessaire en cardiologie plus une formation en informatique, il met en œuvre son projet pour répondre au déficit du nombre de cardiologues au Cameroun, ainsi que les distances fatigantes et périlleuses faites par les populations pour les examens. Subventionné par le Chef de l’Etat au titre de 20 millions de francs, il reproduira ces prototypes à l’échelle industrielle, conquiert le marché du continent, d’où la création de Himore Medicals Equipments. Ayant obtenu le prix « Rolex Awards for Entreprise », ainsi que qu’un prix spécial décerné par le Chef de l’Etat, il a de ce fait obtenu assez de crédibilité pour être éligible à un financement bancaire. Fort de ce succès et d’une demande sans cesse constante au plan international, c’est avec joie qu’il annonce la création d’une usine de cartes magnétiques, dont 6 tonnes de machines ont déjà été conçues en Chine. Il terminera son propos en précisant que « le Cameroun, disposant d’hommes de science capables d’acquérir le savoir, l’appliquer et dégager des solutions qui répondent aux problèmes de populations, des entrepreneurs qui transforment ces solutions en produits et entreprises, et un Etat fort qui encadre, encourage et soutient l’entrepreneuriat, est une terre d’attractivités ».

Le patron d’Africa24, Constant Namale quant à lui a relevé que l’Afrique est le lieu où on a la plus grosse consommation du numérique sans pouvoir en produire. Pour que le Cameroun  devienne un pays numérique, le patron d’Africa24 a établi la nécessité de trois éléments fondamentaux : la création des contenus, un cadre législatif plus intéressant pour les investisseurs et un écosystème monétisable. A l’endroit des pouvoirs publics, il propose la mise sur pied d’ un conseil national de financement du numérique, une politique  d’équipement obligatoire des écoles, des villages, des salles de classes, et des  points d’accès numériques gratuits pour toute la population ; une planification rigoureuse de l’investissement numérique avec les retombées immédiates sur la Coupe d’Afrique des Nations qu’organise en 2019 la Cameroun, pour que ces camerounais formés soient eux-mêmes capables des maintenir tous les systèmes  informatiques, et technologiques à utiliser ; la mise en place du micro- financement numérique.

Des propositions qui vont dans le sens de la révolution numérique du Cameroun souhaitée par le président de la République.

Samuel Binyegui Ott

 

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