Le Centre des Nations Unies pour les droits de l’Homme et la Démocratie en Afrique Centrale (CNUDHD-AC), a organisé les 22 et 23 novembre 2012 à Yaoundé, un séminaire de renforcement des capacités du personnel judiciaire aux droits de l’Homme en genre et droits humains des femmes.
35 magistrats et avocats du Barreau camerounais ont bénéficié d’une formation au cours d’un atelier de renforcement des capacités en Droits de l’Homme et question de genre et droits humains des femmes organisé par le CNUDHD-AC à l’Hôtel Azur de Yaoundé. Plusieurs partenaires, à l’image du ministère de la Justice, du Barreau et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL) ont été mis à contribution pour la bonne marche de l’atelier.
Pendant deux jours, le CNUDHD-AC et ses partenaires ont revisité, au bénéfice des 22 magistrats et 13 avocats du Barreau sélectionnés, les avancées et les défis d’une amélioration du système judiciaire camerounais, en matière des droits de l’homme, y compris en genre et droits humains des femmes.
Le chargé de bureau du Centre, M. Robert Kotchani, a rappelé dans son mot de bienvenue que le séminaire se proposait de « doter les participants d’outils et de connaissances nécessaires en matière de mécanismes internationaux et régionaux de protection des droits de l’Homme ».
LE CONTENU ET RESULTATS ATTENDUS DE LA FORMATION
Pour familiariser le personnel judiciaire camerounais avec les mécanismes internationaux et régionaux des droits de l’Homme, le CNUDHD-AC et ses partenaires ont axé le séminaire sur plusieurs sessions.
Sur le premier point, il était question d’établir une analyse critique de l’état des lieux du système judiciaire au Cameroun. Sur le plan institutionnel et formel, il s’agissait de l’état de mise en œuvre des normes internationales et régionales des droits de l’Homme ratifiées par le Cameroun. Au plan pratique, il s’est agi de revisiter les défis liés à l’exercice de la justice au niveau des recrutements, des conditions de travail et de vie du personnel judiciaire.
Sur le deuxième point, il était question de présenter une introduction générale aux mécanismes internationaux, régionaux et nationaux de protection des droits de l’Homme.
L’internalisation des normes internationale des droits de l’Homme et le rôle des magistrats et avocats a également été à l’ordre du jour. Le propos dans cette session était de rappeler au personnel judiciaire la suprématie des instruments régionaux et internationaux ratifiés par le Cameroun sur les lois nationales.
L’atelier se proposait également de présenter le cadre juridique international et régional régissant les questions de genre, les droits humains des femmes en particulier et les droits humains des couches sociales marginalisées en général. Un examen de la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) et du protocole de Maputo a été envisagé pour ce qui concerne les droits humains des femmes. Et pour les droits des autochtones, l’application de la déclaration des Nations Unies sur les peuples autochtones à l’aune des initiatives camerounaises.
Les réflexions ont également porté sur l’exigence d’une justice conforme aux normes internationales considérée à la fois comme garantie de la protection des droits de l’Homme et comme condition du maintien d’une paix pérenne. Un rappel de la nécessité d’une justice impartiale et indépendante, respectueuse de l’éthique et de la déontologie s’est posé comme utile aux participants.
Sur le dernier point, l’atelier se proposait d’apporter au personnel judiciaire des éclairages sur le rôle des différents acteurs judiciaires qu’ils sont, les défis existants et surtout les bonnes pratiques à observer et à partager pour atteindre une coordination et une plus grande efficacité de la chaîne pénale au Cameroun.
In fine, le Centre des Nations Unies pour les droits de l’Homme et la Démocratie en Afrique Centrale a caressé l’espoir que ces normes passées en revue soient appliquées quotidiennement par les participants, à l’intérieur comme en dehors des cours et tribunaux. Espoir que la suprématie du droit international des droits de l’Homme fasse partie de la pratique judiciaire camerounaise et qu’enfin, qu’il y ait une réelle visibilité du respect des droits humains des femmes.
CONTEXTE DES DROITS DE L’HOMME AU CAMEROUN
Tout est parti du constat établi par le CNUDHD-AC que le Cameroun a ratifié la majorité des instruments internationaux et régionaux relatifs aux droits de l’Homme, mais soumet ses rapports aux organes des traités, avec quelques retards. En outre, malgré les exportations de pétrole et autres matières premières le pays est toujours en proie à une stagnation économique. Aussi, le gouvernement et les organismes internationaux tel que Transparency International admettent que la corruption y a beau jeu et constitue une entrave au bon fonctionnement des institutions, et donc aussi du système judicaire. Des efforts ont été consentis, reconnait le Centre dans la note conceptuelle du séminaire. C’est dans ce sens que, l’opération « Epervier » a été mise en branle. De même, une Direction des Droits de l’Homme et de la Coopération Internationale a été créée au ministère de la Justice. Il a été également fait mention du rapport de ce ministère sur l’état des droits de l’homme au Cameroun en 2011. Le président de la CNDHL, M. Chemuta Divine Banda, s’est ainsi proposé d’en faire état, dans son allocution, en rappelant que « 933 cas de violations de droits de l’Homme ont été récencés au Cameroun, avec 105 procès équitables, 20 détentions abusives parmi lesquelles 2 cas de mise en cause d’avocats. ».
Les ambitions du Centre des Nations Unies pour les droits de l’Homme et la Démocratie en Afrique Centrale ne peuvent être que saluées avec chaleur dans la mesure où, leur réalisation pourra ajouter à l’image de pays institutionnellement et politiquement stable dont jouit le Cameroun, celle d’un havre où s’épanouissent les droits de l’Homme et ceux des femmes en particulier.
Willy S. Zogo.





