Editorial N° 24

Mieux vaut tard que Jamais !

Par Achille Magloire Ngah

A quoi pourrions-nous comparer  les joutes électorales qui ont cours ces jours-ci dans notre pays ? A ces fameux combats de gladiateurs de la Rome antique où les hommes étaient jetés dans l’arène avec pour but unique et ultime que d’ôter la vie à son vis-à-vis. L’on peut alors deviner que dans ces combats, tous les coups étaient permis et seule la fin justifiait les moyens.  N’est ce pas curieux de faire pareille comparaison avec les « débats politiques » qui, eux sont censés briller par la courtoisie et l’élégance dans l’art de convaincre pour vaincre?
L’expérience camerounaise nous fait malheureusement déchanter. Du chantage au commérage, en passant par le mensonge et les affabulations les plus inattendues, la campagne électorale au Cameroun est un véritable carnaval du ridicule. Pourtant, nombre d’observateurs qui se disent avertis claironnent que « la démocratie est en marche » au Cameroun. Comme éléments de preuve, ils vous brandiront la constellation de partis fantoches qui existent dans les registres du Minatd : on parle de plus de deux cents partis politiques. Et ils vous diront que le multipartisme est une preuve de vitalité politique et démocratique. De qui se moque t-on ?  Et que dira-t-on de l’alternance ? C’est sans doute le fils déshérité de « la démocratie apaisée », car le jeu des investitures des candidats qui vont concourir le 30 septembre prochain, sans doute choisis à dessein, a permis de respecter la tradition : on prend les mêmes et on recommence. Pourtant, voilà deux ans que ce double scrutin aurait dû avoir lieu. Mais le calendrier électoral relevant de l’exclusivité de la volonté du Prince, l’on en a profité pour éviter le piège des primaires qui auraient sans doute révélé les divisions qui sommeillent au sein de certaines formations politiques où les barons refusent d’affronter la vérité en face. Mais comme dit un proverbe africain « quelque soit la durée de la nuit, le jour finira par se lever ». Ce jour ne se lèvera peut être pas le 30 septembre prochain, mais ce double scrutin devra permettre aux Camerounais d’inscrire une page de plus dans leur histoire démocratique. Elecam sera une fois de plus au pied du mur, lui qui peine à s’émanciper de celui qui l’a fait naître et qui assure jusque là son bien-être. Les atermoiements observés dans les procédures de validation des candidatures laissent planer le doute sur la capacité du Conseil Electoral à assumer l’indépendance que lui clame la loi. Comment peut-il en être autrement dans une République où l’inconscient de tous les hauts commis de l’Etat se réduit à n’agir que « sous très haute instruction du Chef de l’Etat». Conséquence, l’inertie et l’hypocrisie ont élu domicile chez nous. Et pour combien de temps encore ?  
Fort heureusement, la Cour Suprême a démontré que l’indépendance d’une institution est aussi une question d’audace et de la hardiesse des hommes qui la dirigent. La rigueur et la lucidité qui ont présidé au rendu des décisions du contentieux préélectoral sont un motif d’espoir pour la justice camerounaise. Le même espoir est aussi permis du côté du Tribunal Criminel Spécial, où les modalités de remboursement des fonds publics détournés sont désormais précisées. Car même si l’on peut se féliciter de la mise aux arrêts des prévaricateurs de la fortune publique, l’opération Epervier serait davantage féconde si les mis en cause restituent les sommes et les biens détournés. Comme effets induits, le Trésor public rentrerait dans ses frais; l’Etat pourrait alors mettre en oeuvre des projets structurants. Toutes choses qui concourent à la croissance et ancreront le Cameroun dans l’émergence à l’horizon 2035.

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